Le plateau fond vert du Studio 715 à Orléans : cyclorama, grill d'éclairage et deux caméras sur pied
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    Coulisses & R&D··4 min de lecture

    On a construit notre propre outil pour incruster des acteurs réels dans des décors générés

    Garder le jeu, le mouvement et le regard des vrais acteurs — mais placer la scène où on veut. C'est le workflow qu'on a monté en interne, sur une seule carte graphique, et qui sera accessible sur le plateau 3 du Studio 715.

    Il y a un compromis qui nous agace depuis longtemps en production vidéo. Soit on tourne en décor réel, et on paie le lieu, le déplacement, la météo et les autorisations. Soit on passe au fond vert, et on gagne en liberté ce qu'on perd en vérité : une lumière qui ne colle jamais tout à fait, des contours qui bavent, et des comédiens qui jouent dans le vide.

    L'arrivée des modèles génératifs a ouvert une troisième voie — mais avec son propre piège. Une scène entièrement générée par IA, c'est spectaculaire trois secondes, puis le regard décroche : les visages glissent, les gestes ne pèsent rien, et il ne reste plus personne à qui s'attacher. Or c'est précisément l'humain qu'on vient chercher dans un film.

    Alors on a pris le problème par l'autre bout : et si on gardait les vrais acteurs — leur jeu, leurs mouvements, leur présence — et qu'on ne générait que ce qu'il y a autour ?

    Plateau de tournage équipé d'un fond vert, avec caméras et éclairages
    Le fond vert : toute liberté sur le décor, au prix d'une lumière qui ne colle jamais tout à fait.

    Le principe : on garde l'humain, on remplace le reste

    L'idée tient en une phrase : le clip est intégralement produit en IA, sauf les acteurs. Eux sont bien tournés à la caméra, avec leur gestuelle et leurs expressions réelles. Le workflow se charge ensuite de les isoler proprement de leur environnement d'origine, puis de les intégrer dans le décor généré.

    La pièce maîtresse, ce sont les masques. Plutôt que de tout garder ou tout jeter, on décide plan par plan de ce qu'on conserve de la scène de base — un acteur, un accessoire qu'il manipule, une ombre portée qui ancre le personnage au sol. Le reste laisse place au décor généré. C'est ce contrôle fin qui fait la différence entre une incrustation qui saute aux yeux et un plan qu'on ne questionne pas.

    Le plus parlant, c'est de le voir. Voici le même plan à ses trois étapes : le tournage brut en studio, le masque qui isole les comédiens, et le rendu final.

    TournageRésultat

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    Même plan, trois étapes — les comédiens et leurs mouvements sont bien réels ; décor et costumes sont générés.
    • Tournage classique des comédiens — aucune contrainte de fond vert imposée
    • Isolation du sujet par le workflow, avec sortie en couche alpha
    • Masques manuels pour arbitrer ce qui est conservé du plan d'origine
    • Génération et intégration du décor autour du sujet conservé

    Le même procédé, d'autres plans

    Le workflow ne dépend ni d'un fond neutre, ni d'un type de cadre particulier. Voici deux autres plans du même projet, traités de la même manière.

    TournageRésultat

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    Un comédien seul en studio : tout l'espace autour de lui est recomposé, jusqu'à l'instrument qu'il tient.
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    Ici le plan d'origine est tourné dans un décor chargé. Le masque isole le comédien et les bouteilles qu'il tient — le reste disparaît.

    Une démonstration vaut mieux qu'un paragraphe

    Voici un extrait de ce que le workflow produit. Les comédiens sont réels, filmés par nos soins ; tout l'environnement autour d'eux est généré.

    Extrait de clip — acteurs réels, décor généré par IA

    Monté en interne, sur une seule carte graphique

    Ce workflow tourne sur une RTX 3080 Ti. Pas de ferme de calcul, pas d'abonnement au volume : une machine de studio, chez nous, sur laquelle on garde la main.

    Ça compte pour deux raisons. La première, c'est la confidentialité : les rushes de nos clients ne partent sur aucun service tiers, ils restent dans nos murs. La seconde, c'est la liberté d'itération — quand on veut essayer une variante de décor, on la lance sans regarder un compteur tourner.

    Sur le principe, on n'est pas loin de ce que proposent des outils comme Beeble et son SwitchLight, qui travaillent la relumière et la décomposition du sujet. La différence tient à l'intention : le nôtre n'est pas un produit à vendre, c'est un pipeline taillé pour nos propres tournages, qu'on ajuste projet par projet.

    Graphe de nœuds du workflow : blocs reliés par des connexions colorées
    Le graphe du workflow — contenu des nœuds volontairement masqué.

    Ce que ça change concrètement pour un projet

    L'intérêt n'est pas la prouesse technique — c'est ce qu'elle débloque côté production.

    • Des décors inaccessibles : un lieu qui n'existe pas, ou qu'on ne pourrait ni louer ni fermer pour un tournage
    • Un tournage allégé : moins de déplacements, moins de logistique, une équipe resserrée
    • Des variantes sans retourner : décliner la même scène dans plusieurs ambiances à partir des mêmes rushes
    • Des comédiens qui restent des comédiens : leur jeu n'est ni remplacé ni recalculé

    Bientôt sur le plateau 3 du Studio 715

    Cet outil ne restera pas cantonné à nos projets internes : il sera installé sur le plateau 3 du Studio 715, notre studio de production actuellement en chantier à Orléans. L'idée est simple — tourner et intégrer au même endroit, dans la même journée.

    Le chantier avance, et on documente les étapes au fur et à mesure.

    Plateau de tournage noir équipé de structures et de projecteurs
    L'ambiance visée pour les plateaux du Studio 715 — le chantier est en cours.

    Pour aller plus loin

    Un projet qui mériterait ce genre de traitement ?

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